La cause de l’atrésie des voies biliaires (AVB) reste à ce jour inconnue chez l’Homme. Certaines
études ont suggéré qu’un facteur de l’environnement, un virus ou un produit toxique, voire une
prédisposition génétique puisse être en cause. En Australie, en 1964, 1988, 2007 et 2013, des
vétérinaires ont rapporté des cas d’atrésie des voies biliaires (AVB), chez 14% à 100% des agneaux et
des veaux nouveau-nés de mères qui pendant la gestation avaient brouté lors de périodes de
sécheresse dans des prés habituellement inaccessibles, car inondés. Une plante toxique a été
suspectée, la Dysphania. Récemment, les équipes de Rebecca G. Wells et de Michael Pack
(Philadelphie, USA) ont isolé à partir de la Dysphania, un composé isoflavonoïde nommé la
Biliatresone qui provoque une atteinte sélective des voies biliaires extrahépatiques ressemblant à
celle de l’AVB, chez des larves de poisson-zèbre au cours du développement. La Biliatresone
provoque aussi une destruction des cils de cholangiocytes de souris isolés à la période néonatale et
mis en culture, affectant la polarité et l’intégrité de l’épithélium cholangiocytaire, comme cela est
constaté au cours de l’AVB. Ce travail vient d’être publié dans la revue « Science Translational
Medicine ». L’hypothèse avancée par les auteurs est que la Biliatresone serait secrétée et concentrée
dans la bile causant des lésions biliaires responsables de l’AVB dans leurs modèles expérimentaux.
Aussi les auteurs ont montré qu’un locus génétique identifié chez le poisson-zèbre sensibiliserait la
destruction des voies biliaires extrahépatiques exposées à la Biliatresone. Ce locus conservé au cours
de l’évolution correspondrait à des loci sur les chromosomes 10 et 16 humains. L’ensemble de ces
données apporte de l’eau au moulin d’une hypothèse toxique accompagnée d’une susceptibilité
génétique chez l’Homme. Il faut se rappeler que des études récentes conduites chez l’Homme
avaient identifié d’une par une saisonnalité de l’incidence de l’AVB en Polynésie française, proche de
l’Australie, et d’autre part quelques loci d’intérêt dont un sur le chromosome 10. De là à dire que la
cause de l’AVB a été identifiée serait aller un peu vite en besogne. D’ailleurs les auteurs qui doivent
être félicités pour ce magnifique travail, restent très prudents et proposent de compléter leurs
études et d’étayer le rôle de la Biliatresone dans un autre modèle animal plus proche de l’Homme.
On peut néanmoins avancer l’hypothèse que certaines femmes, ayant donné naissance à des enfants
atteints d’AVB, aient pu être exposées à la Biliatresone ou à d’autres isoflavonoïdes pendant la
grossesse, cela par le biais de leur alimentation. Il faudra le montrer.

Emmanuel Jacquemin

Centre de référence de l’atrésie des vois biliaires
Hépatologie et Transplantation Hépatique Pédiatriques
CHU Bicêtre, AP-HP, Inserm U1174, Faculté de Médecine et Université Paris Sud

Références:
Kristin Lorent, Weilong Gong, Kyung A. Koo, Orith Waisbourd-Zinman, Sara Karjoo, Xiao Zhao, Ian
Sealy, Ross N. Kettleborough, Derek L. Stemple, Peter A. Windsor, Stephen J. Whittaker, John R.
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